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Kazaa indétronable roi du réseau FastTrack ?

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par Johann Fleutiaux, le lundi 16 février 2004

Après la fermeture de Napster, Les industries du disque et du cinéma se sont attaquées pour la première fois en 2001 aux systèmes d’échanges de fichiers peer-to-peer (P2P) sans serveur central. Parmi lesquels figuraient les trois logiciels de P2P : Kazaa, Music City (Morpheus) et Grokster qui utilisaient les mêmes protocoles, leur code source provenant de FastTrack [1]. Ainsi, Aux Pays Bas, en novembre 2001, le juge néerlandais, saisi par suite à une plainte déposée par la Buma/Stemra, société de droits d’auteur, branche hollandaise de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), avait ordonné la fermeture de Kazaa. Le juge R. Orobio de Castro avait alors estimé que Kazaa violait la loi en permettant à ses utilisateurs de s’échanger des fichiers audio [2]. En pratique, la suspension du téléchargement du logiciel à partir du site de Kazaa paraissait une mesure illusoire, sinon inutile, car si elle pouvait ralentir l’arrivée de nouveaux utilisateurs, elle n’empêchait en rien l’échange de fichiers pour ceux possédant déjà le logiciel. De plus, il restait très aisé de se procurer l’application sur d’autres sites, ou par le biais d’utilisateurs. [3]. Les responsables du logiciel de Kazaa avaient alors fait appel de la décision.

Entre temps, le premier verdict de la justice hollandaise avait poussé Niklas Zennstrom, le fondateur de Kazaa, à vendre sa société à l’entreprise australienne Sharman Networks. Cette société n’ayant pas hérité des poursuites en justice menées contre le système d’échange de fichiers, pouvait remettre à disposition légalement le logiciel Kazaa [4]. La décision du tribunal d’appel d’Amsterdam est tout de même intervenue le 28 mars 2002 pour casser le premier verdict en précisant que l’éditeur ne pouvait être tenu pour responsable de l’utilisation que font les internautes de leurs logiciels [5]. Dans le même temps, aux Etats-Unis, Napster s’était vu confirmer, en appel également, la condamnation d’un premier jugement qui ordonnait sa fermeture [6]. La société de défense des droits d’auteur Buma Stemra a alors choisi de porter l’affaire devant la plus haute juridiction des Pays-Bas, la Haute Cour, qui a confirmé le jugement en appel du 28 mars 2002. Le jugement, selon Christophe Lagane : « accorde donc une sorte d’impunité aux éditeurs de logiciels peer-to-peer qui profitent, même s’ils s’en défendent des activités illégales des utilisateurs pour séduirent les annonceurs, première source de revenus. » [7].

Fort de cette relative légitimité acquise, Sharman Networks s’est empressé d’évincer son principal concurrent sur le réseau FastTrack. Il s’agit du logiciel Kazaa lite qui est une version dérivée de Kazaa, sans spyware ni publicité, créée par des développeurs indépendants. Sous couvert de violation du copyright selon le Digital Millienium Copyright Act (DMCA), les responsables de Kazaa ont prétexté que les développeurs de Kazaa lite avaient modifié la version de Sherman Networks sans leur accord. Pour ce faire, la société Sharman Networks a envoyé à l’éditeur du moteur de recherche Google un courrier lui enjoignant de retirer, ou de rendre inaccessible, les liens pointant vers les sites hébergeant une version de Kazaa lite [8]. Le DMCA ne s’applique pas à la France ; ce qui n’a pas empêché google.fr de filtrer, lui aussi, les sites incriminés car la société est enregistrée en Californie. Ensuite Sharman Networks a tenté de rejeter les clients Kazaa Lite du réseau FastTrack par des moyens techniques de reconnaissance du logiciel [9]. Ces mesures techniques d’évincement de Kazaa lite n’ont, certes, qu’un effet limité à partir du moment ou des développeurs indépendants continuent à créer des versions non autorisées dérivées du logiciel Kazaa. Néanmoins, les pressions exercées par les responsables de Sharman Netwroks ont eu raison des développeurs de Kazaa lite qui ont préféré abandonné le développement de leur logiciel. Cette politique agressive des responsables de Kazaa a impressionné la plupart des hébergeurs de Kazaa lite qui ont préféré supprimé le logiciel de leur site. Sans qu’aucun procès ne soit entamé, les responsables de Sharman Networks ont éliminé juridiquement leur principal rival du réseau FastTrack en le déclarant illégal.

En 2002, La société Sharman Networks avait déjà évincé un autre logiciel P2P appelé Morpheus en rendant incompatible les deux logiciels entre eux. Les responsables de Kazaa qui avaient fourni à StreamCast Networks (la société responsable de Morpheus) une licence du logiciel à Morpheus leur reprochaient de ne pas avoir payé les sommes dûes pour cette licence [10]. Morpheus avait alors décidé de migrer vers la technologie Open source Gnutella. Néanmoins, la dernière version de Morpheus apparue ces derniers jours, qui est multi-protocole, permet de se connecter au réseau FastTrack. Elle contient, comme Kazaa, des spywares et des bannières publicitaires. StreamCast Networks semble vouloir s’attaquer à Sharman Networks sur le créneau des revenus publicitaires. Les responsables de Kazaa peuvent donc craindre que l’arrivée de leur nouveau concurrent ne leur vole des parts de marché. Les programmeurs de Kazaa étudient actuellement le programme de Morpheus pour vérifier qu’il n’y ait pas plagiat [11].